Interview - Mélisa Godet, alumni devenue réalisatrice & scénariste du film "La Maison des Femmes"

Interview - Mélisa Godet, alumni devenue réalisatrice & scénariste du film "La Maison des Femmes"

Avec plus de 470 000 entrées au Box Office France, "La Maison des Femmes" écrit et réalisé par Mélisa Godet (ancienne étudiante du Grade master INA Production audiovisuelle) est un véritable succès. Le film met en scène la toute première Maison des femmes, fondée en 2016 par la médecin gynécologue-accoucheuse et cheffe de la maternité de l’hôpital Delafontaine Ghada Hatem-Gantzer.

À l'affiche : Karin Viard, Laeticia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps et Juliette Armanet.

Synopsis

À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.

Genèse du projet

Tout commence en 2017, lorsque Mélisa entend parler pour la première fois de La Maison des Femmes à la radio.

"C'était Ghada qui intervenait pour expliquer comment elle travaillait dans cet endroit avec son équipe, avec cette idée, hyper simple et pourtant qui change tout à ce moment-là, qui est de proposer aux femmes victimes de violence dans un seul endroit tout ce dont elles peuvent avoir besoin pour se relever. À ce moment-là, je trouve que l'idée citoyenne est géniale, ça allume dans ma tête toutes les ampoules du film que je rêve de pouvoir faire un jour."

Après avoir discutée de cette idée avec sa productrice Emma Javaux, le projet est lancé.

Un film sur le ton de l'humour

Mélisa réalise son film comme "un cheval de Troie pour le sujet et les thématiques qu'il porte, un film accessible en dépit de son sujet qui peut paraître très lourd".

Le ton est donné, "l'idée à l'écriture, ça a toujours été de trouver cette balance, entre drame et humour. Il y avait l'envie de rester fidèle aux intentions de cet endroit, les Maisons des femmes ce sont des lieux de retour à la vie, les soignantes ont énormément d'humour. Les patientes aussi ont beaucoup d'humour, elles ne sont pas que des victimes elles sont bien plus que ça."

La mise en scène du COVID à l'écran, ou comment mettre en scène le vide

Le film prend place en 2020, en pleine pandémie de Covid-19. Lors du confinement, les femmes victimes de violence se retrouvent piégés, coincées à la maison avec leur bourreau. La Maison des femmes de Saint-Denis se vide et d'un film bouillonnant, avec beaucoup de gens à l'image, on laisse place à une sensation de silence.

"Sur cette période, au son et à l'image tout se réduit, tout se feutre. Alors que c'est un film choral et qu'il y a toujours énormément de personnages à l'écran, on a d'un coup beaucoup de plans individuels. Les soignantes continuent à passer des coups de fil dans cette maison vide, le son extérieur s'éteint complètement. On a tous ce souvenir de cette période qui était étonnamment silencieuse, c'était assez étrange ce silence dans nos villes. On a travaillé en contraste avec le reste du film."

Travail et Maternité

Bien que très focalisé sur la thématique des violences faites aux femmes, le film aborde également d'autres sujets tels que la place de la maternité dans la vie professionnelle. "Le personnage de Manon, qui se débat entre son métier passion et sa récente maternité" en est le parfait exemple.

"C'est des questionnements que j'ai pu avoir aussi avec le métier que je fais aujourd'hui [...] je me pose la question de : qu'est ce que je suis capable de sacrifier ? On demande souvent aux femmes de résonner comme ça : qu'est ce qu'on est capable de sacrifier à sa vie de famille ? Cette notion me met mal à l'aise, je ne veux pas un jour avoir à dire, ou ne serais-ce que le penser, que je leur ai sacrifié quelque chose. Je décide donc de ne rien sacrifier et je tâche d'avoir tout, c'est aussi le choix que fait le personnage de Manon dans le film !"

Le métier de réalisatrice

Aujourd'hui réalisatrice, Mélisa arrive d'abord au cinéma par le texte et le scénario après avoir suivi la formation Grade Master INA Production audiovisuelle.

"J'ai fait ce master en production, puis j'ai travaillé 12 ans dans une société de production. [...] Petit à petit, mon poste a dévié vers l'accueil des projets et le suivi de l'écriture des scénarios. Depuis mes 15 ans, j'essaye de comprendre comment on écrit des scénarios. Ça a été hyper formateur de regarder pendant 12 ans des films se fabriquer, c'est aussi grâce à mon travail dans cette entreprise que j'ai pu commencer à devenir scénariste. [...] Assez vite, je me suis dit que si un jour je voulais pouvoir porter mes propres sujets, il allait falloir passer le cap de la réalisation. J'ai commencé par faire des courts métrages et un jour j'ai répondu à un appel à projet d'OCS qui voulait faire une série de genre avec pour thème la mémoire. J'ai proposé un sujet et ça a fonctionné, j'ai mis faim à mon contrat dans la société de production pour préparer cette série."

Après la sortie du film, le regard sur les chiffres

Une fois dans les salles, le travail de réalisation s'achève et le mot d'ordre est patience.

"C'est angoissant dans le sens où c'est le moment où on ne maîtrise plus rien. Quand j'écris, je maîtrise à 100%, je suis seule devant mon ordinateur et je maîtrise à 100%. Préparer, tourner un film, je maîtrise un peu moins puisque d'un coup il y a une équipe qui rentre en jeu et il faut travailler collégialement mais bon, ça reste encore sous contrôle. Ensuite la promo, déjà je commence à perdre en maîtrise et une fois que le film est dans les salles, je n'ai plus aucun contrôle. Ça c'est assez angoissant quand on aime bien contrôler les choses. Mais bon voilà, j'apprends le la patience, je ne peux rien faire, je ne peux pas aller à l'entrée des salles devant les cinémas dire "Venez ! Allez voir ce film" donc j'attends. En attendant le meilleur moyen pour pallier cette angoisse c'est quand même se remettre au travail, donc je me remets au travail !"

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