Interview alumni : Elena AVDIJA, réalisatrice de documentaires

Réalisatrice engagée, Elena construit des films documentaires entre sociologie, observation et art visuel. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, les compétences et qualités indispensables pour exercer ce métier, les enjeux actuels du secteur culturel, ainsi que sur la réalisation de Cascadeuses, son premier long-métrage, développé sur plus de dix ans.
Pouvez-vous présenter votre métier et vos missions ?
Je m’appelle Elena AVDIJA et je suis réalisatrice de films documentaires. Mon travail consiste à partir d’un sujet, d’un enjeu ou d’une personne qui m’intéresse, et à traduire cela en langage visuel. Je fais des films pour la télévision, le cinéma ou les festivals. La forme peut varier selon leur destination.
Une grande partie de mon travail repose sur la recherche documentaire : je me renseigne, je lis, j'écoute, je découvre, j'échange, je cherche un angle, des images, une manière de raconter. Ensuite, je tourne en collaboration avec des technicien.ne.s son et image, puis je monte le film avec une monteuse.
Quel type de documentaires réalisez-vous ?
Je n'ai pas de thématique unique. Certains films me tiennent à cœur et je les défends sur plusieurs années. Dans ce cas, je dois trouver les financements, ce qui peut prendre beaucoup de temps. D'autres projets me sont proposés par des productions. Ce sont parfois des sujets moins personnels, mais tout aussi importants.
Combien de temps faut-il pour réaliser un film ?
Cela varie beaucoup. Mon premier film, "Cascadeuses", a mis dix ans à voir le jour. Mon deuxième long-métrage devrait prendre environ trois à quatre ans. Pour la télévision, certains projets peuvent durer entre six mois et deux ans. Tout dépend du sujet, des contraintes de production et du format.
Depuis combien de temps exercez-vous ce métier ?
En incluant mes années en tant qu’assistante de réalisation, cela fait environ douze ans que je travaille dans ce domaine. En tant que réalisatrice à plein temps, cela fait cinq ans que j’en vis.
Quelles sont les qualités indispensables pour être une bonne réalisatrice de documentaires ?
La curiosité est essentielle, surtout en phase de recherche. Il faut aussi être diplomate, convaincante, persévérante, mais aussi savoir rebondir face aux refus. La patience est cruciale, tout comme la capacité à coordonner une équipe de tournage, à gérer l'autorité, à organiser les tournages, le matériel, les dates...
Ce métier demande aussi une forme d'obstination : c'est parfois l’angoisse de tout recommencer ailleurs qui m'a fait tenir. Il faut savoir attendre que les projets aboutissent, souvent plusieurs en parallèle, faute de quoi on ne pourrait pas en vivre.
Qu'est-ce qui vous passionne dans ce métier ?
C'est un métier à l'intersection entre recherche et création artistique. Ayant fait des études de sociologie, j'aime enquêter et observer. Le documentaire permet de traduire cela en images et en sons, de façon plus accessible pour le grand public que les textes académiques.
J’aime aussi le travail d’équipe, collaborer avec des cheffes opératrices, des musiciennes, des monteuses…Chaque film est une aventure collective. Et j'apprécie le temps long du documentaire : on a le droit de se tromper, de chercher la forme, de ne pas être dans l'urgence.
Quelles sont les difficultés principales en tant que réalisatrice ?
Le manque de visibilité à long terme est stressant. Il n'y a pas de sécurité de l'emploi, les projets peuvent être refusés, les financements se raréfier. Et le contexte politique et économique n'encourage pas toujours la création culturelle.
C'est aussi un métier exigeant mentalement : passer d'un projet à l'autre, garder la foi quand les choses stagnent... Il faut s'accrocher.
Quel a été votre parcours pour devenir réalisatrice ?
J’ai fait un bachelor en sociologie politique en Suisse, puis un master en sociologie à Paris. Je voulais faire de la recherche, mais la lenteur du milieu universitaire m'a découragée. J'ai alors découvert le Master 2 Concepteur audiovisuel : représentations plurimédia de l’histoire, de la société et de la science , nouvelle formation proposée par l’INA en partenariat avec l’Ecole normale supérieure de Cachan et l’Ecole nationale des Chartes.
Admise après un long processus de sélection, j’y ai trouvé un lieu très formateur, théorique et pratique. Mon film de fin d’études, co-écrit avec Jeanne Lorrain, portait sur une cascadeuse. C'est devenu “Cascadeuses", mon premier long-métrage, sorti en 2022.
Entre-temps, j’ai travaillé comme assistante réalisation à Paris, puis je suis retournée en Suisse. J’ai persisté, seule, pour faire exister ce film. Après de nombreux refus, une production m'a enfin suivie.Le film a été financé et réalisé, puis est sorti en 2022. Il a connu une belle vie et a eu la chance de remporter plusieurs prix.
Pourquoi avoir choisi INA campus?
C'était un heureux hasard. J'étais dans une période de doute, et j'ai reçu un mail d'annonce pour ce master. Il croisait mes deux centres d'intérêt : la sociologie et la création audiovisuelle. INA campus m'a donné des outils, une liberté d'expression, et m'a permis de me lancer.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants de INA campus?
Profitez de chaque ressource, nourrissez-vous de tout. Posez des questions, inspirez-vous des autres. Soyez curieux, n’ayez pas peur de demander de l’aide. Ne vous découragez pas, même si ce n'est pas un chemin tout tracé. Ces métiers, souvent, on doit les inventer.
